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Des mots et des idées en Politique


Ikbal Zalila

L’ouverture soudaine et totalement débridée du champ politique l’a paradoxalement lesté d’une opacité  qui rend illusoire toute prétention à en appréhender  la complexité, encore moins à le projeter dans un devenir. Finis les beaux jours où résignés ou presque à vivre à l’ombre d’une dictature prédatrice on refaisait le monde en échafaudant mille et un scénarios pour la crise  Libanaise, le devenir de l’Irak, les messes noires de la politique étrangère américaine où l’avènement  de gouvernement de gauche en Amérique Latine.  Levons toute ambiguïté, il ne s’agit pas de propos nostalgiques d’un planqué mais de prolégomènes à des humeurs sur la charge nouvelle dont se trouvent investis les mots et les idées sur le politique. L’ailleurs, le monde était le laboratoire où il était loisible de tester nos grilles de lecture, nos convictions politiques et  l’exutoire de notre frustration.  Frustration d’être privés de paroles, niés en tant que citoyens, bâillonnés en tant qu’intellectuels. La tentation était grande de vivre l’expérience démocratique par procuration  en analystes-spectateurs dans le confort des salons, le brouhaha des bars, des cafés enfumés, par journaux et écrans de télévision interposés. Cette distance qui nous était conférée par notre extériorité par rapport au monde démocratique était propice aux conceptualisations les plus fines ainsi qu’aux élucubrations les plus irraisonnées. Peu importaient les approximations, les incohérences, l’essentiel résidait en la vertu thérapeutique d’une parole émancipée par déplacement (au sens psychanalytique du terme).

Après le  « 17 Dècembre-14 Janvier » ,Changement de décor, changement de posture. L’ici se substitue à l’ailleurs, le drame démocratique, cette virtualité si lointaine se transmute en une actualité de tous les jours. Plus moyen de se prévaloir de son extériorité par rapport à la scène politique analysée, exit la position confortable de spectateur, mais une obligation de naviguer constamment entre le statut d’acteur et celui d’analyste-spectateur. Autrefois désancrés, les discours sur l’expérience démocratique se retrouvent arrimés à l’ici-maintenant. Et c’est peut-être à ce niveau que  réside  la difficulté de penser la réalité nouvelle de ce moment particulier de notre vécu national. Peu importent les mots pour désigner les choses devant les dynamiques contradictoires qui nous traversent, celle de l’action citoyenne libératrice et grisante synonyme de confrontation avec le réel et la distance indispensable à une production raisonnée de sens par rapport à l’histoire se faisant. Plus, il s’agit par ailleurs de prospecter l’avenir en se délestant de ses passions avec pour principale exigence la performativité. Difficile pour l’ego de s’accommoder de la relativité d’un propos même en ayant conscience du caractère fatalement mouvant et instable du contexte dans lequel il a été produit. La crispation des positions des différents camps sur le type de transition à promouvoir est la meilleure expression de cette nouvelle configuration des discours politiques. Des politiciens fraîchement débarqués sur la scène se trouvent sommés par les médias d’objectiver leur pratique quasiment au jour le jour. Cette pratique leur étant jusqu’à quelque temps encore étrangère, ils sont amenés à déployer une langue de bois dont la violence nous rappelle celle prévalant du temps de  la dictature. N’étant pas encore en mesure d’intérioriser leurs nouveaux rôles, les actuels gouvernants s’avèrent incapables de produire un discours convaincant et cohérent de leur exercice du pouvoir. Naïveté, incompétence politique mais aussi difficulté à évoluer de s’accommoder d’institutions démocratiques alors que l’on est porteur d’un projet totalitaire. Ces atermoiements de la classe dirigeante deviennent dangereux parce qu’installés dans la durée et induisent un discours d’opposition beaucoup mieux articulé (le camp islamiste relevant d’un désert dès qu’il s’agit d’y trouver des têtes bien faites) mais essentiellement réactif. A une certaine distance des politiques, les intellectuels oscillent entre plusieurs postures : Il y a ceux qui à la faveur de la révolution ont choisi pour l’action politique et ont par voie de conséquence provisoirement mis en suspens leur propension à la réflexion. D’autres ont opté pour le compromis entre la présence médiatique et « l’essayisme », une dernière catégorie a gardé cette distance jugée indispensable au développement d’une activité intellectuelle au-delà des contingences à la manière d’un Hichem Djait. En dépit de sa stature incontestable, les quelques interviews données par Djait sont très en deçà des attentes  d’un public qui cherche du sens. Déployant un discours prudent et plutôt convenu, le grand historien national semble un peu désarmé devant la complexité de la situation qui s’offre à ses yeux, faute de recul historique probablement mais aussi en raison de cette position de quasi-extériorité par rapport au mouvement de l’histoire dans laquelle il semble s’être cantonné. En se retrouvant aussi acteurs de l’histoire, les spectateurs-analystes d’hier ne sont pas encore arrivés à concilier ces deux statuts qui nécessitent à la fois et dans le même mouvement proximité et distance. Piégés par le caractère impérieux de l’action, ils ont du mal à se ménager des moments au cours desquels ils sont appelés à produire des idées. Et dans le cas où des idées voient le jour, elles déçoivent les attentes faute d’avoir été suffisamment mûries. Mais pour être Mûries, il faut qu’elles soient  nourries entre autres par le corps à corps avec le nouveau contexte et toute sa richesse, la position d’entomologiste du politique n’étant plus tenable, du moins aujourd’hui. Dilemme.

Janvier 2013

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